« Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien » Socrate

tout ce que je sais c'est que je ne sais rien. double ignorance. Socrate

Voilà une citation qui, lorsque je l’avais découverte avait forcé mon respect et mon admiration pour ce grand Monsieur, pilier de notre pensée occidentale. Presque un clin d’œil, cette maxime arrache un sourire ou un haussement de sourcils aux plus indifférents. Quoi ? L’illustre Socrate serait un ignorant ? Tour d’horizon sur une des plus belles citations rapportées par Platon :).


Dans un premier temps faisons le ménage et définissons un peu les termes de cette mystérieuse affirmation ! Qu’est-ce que « savoir » ? Selon le très détaillé CNRTL, le premier sens  de « savoir » est « Appréhender par l'esprit, avoir la connaissance complète de, pouvoir affirmer l'existence de ». Savoir c’est donc posséder la connaissance de manière certaine et totale de quelque chose. Il n’y a pas de place au doute dans le fait de savoir. Lorsque l’on affirme « Je sais » on énonce une vérité qui ne donne pas de place à la remise en question. Savoir c’est être sûr. D’où la différence avec « penser ». « Je pense que » signifie « Ma pensée/Mon esprit  formule l’idée que ».  Lorsque l’on pense on n’affirme rien de plus que sa propre opinion sans lui prétendre quelque portée universelle. Plus prudent me direz-vous, mais un peu moins clinquant aussi ! Si on veut briller en société mieux vaut savoir que se contenter d’émettre de basses hypothèses... Savoir c’est être au-dessus de ceux qui ne savent pas et qui se roulent dans la fange de l’ignorance !

tout ce que je sais c'est que je ne sais rien. double ignorance. Socrate

Socrate affirme donc dans sa maxime que la seule chose dont il ait une connaissance complète et certaine est sa propre ignorance. Du reste il ne sait rien. 

Ce qu’il y a selon moi derrière cette citation c’est une maxime de vie, un état d’esprit. Être conscient que l’on ne sait pas c’est être conscient qu’un autre regard que le nôtre existe sur les choses et qu’il peut être tout aussi valable. Si je sais, je ne me soucie pas des autres opinions puisque la mienne est la vérité (elle a dépassé le stade de l’opinion). Quand j’admets ne pas savoir je m’ouvre au dialogue, à l’examen d’un autre point de vue et à une vérité plus juste car plus complète. [Citation fétiche : « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun ? » Kant]. Quand on lit les dialogues socratiques on remarque d’ailleurs l’acharnement avec lequel Socrate assomme de questions ses interlocuteurs. Mais ce questionnement sert justement d’examen à la pensée. Socrate ne dit pas « Les choses sont ainsi ». Il répond au sophiste qui lui, pense savoir, « Tu crois que les choses sont ainsi ? Bien. Mais que fais-tu de cela ? Quelle est la place de ceci dans ton hypothèse ? Est-ce toujours vrai dans le cas que je te présente ? ». L’objectif visé c’est la remise en question. La vérité n’est écrite nulle part sur cette Terre et nul ne pourra jamais affirmer que ce que nous prenons pour vrai est effectivement vrai. Nous ne vivons qu’avec des vérités admises, construites, dont nous n’aurons jamais la garantie. 

Tout ce que je sais c'est que je ne sais rien. Socrate

Accepter que l’on ne sait rien c’est pulvériser instantanément les préjugés, les lieux communs, les a priori et donner un grand coup de balai sur tout ce qui nous encombre d’idées préconçues et de certitudes, sur tout ce qui nous empêche de raisonner et de laisser libre cours à ce merveilleux outil qu’est l’esprit. Reconnaître sa propre ignorance c’est s’offrir un regard neuf sur le monde, un regard d’enfant, qui observe et prend les choses pour ce qu’elles sont. Libérée du carcan étroit de nos petites convictions, la pensée peut réellement s’exercer.

 Car la finalité n’est pas le savoir, qui se périme bien vite, mais la sagesse.


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