« Le non-philosophe ne dort-il pas, ne rêve-t-il pas sa vie présente ? » Platon

Le non-philosophe ne dort-il pas, ne rêve-t-il pas sa vie présente ? Platon


Aujourd'hui, c’est cette citation de Platon que j’ai choisi d’étudier. Un peu intolérant le Platon me direz-vous ! Alors quoi ? En refusant la philosophie on se condamne à une vie illusoire ? À une existence irréelle, plus proche du songe que de la réalité ? Hmm ça se discute (comme tout j’ai envie de dire). Alors discutons !
J’ai l’impression de me lancer dans un sujet sinon plus périlleux du moins tout aussi délicat que la semaine dernière compte tenu de ma « position ». En fervent défenseur de la philosophie (je n’arrive plus à garder ce secret pour moi…) cela paraîtra peut-être un peu absurde que je ne défende pas à 100% la thèse de Platon. Mais trêve de bavardages, examinons plutôt ladite théorie.

Cette citation est tout à fait défendable si l’on définit le philosophe comme celui qui interroge ce qui l’entoure : Il interroge sa vie, il recherche la connaissance et pour l’atteindre, il ne se contente pas de prendre pour acquises les diverses informations qu’il peut rassembler. Non, il remonte ses manches et s’attaque à la vraie vie pour fonder son savoir sur l’expérience. Il ne subit pas son existence, il l’examine, il l’intellectualise, il la raisonne. Le philosophe est un homme plongé dans la réalité qui ne se contente pas de spéculer sur ce qu’il imagine être la vie. En ce sens c’est lui qui possède tous les outils pour apprécier sa vie présente, en mesurer les contradictions, en connaître les forces et en pallier les faiblesses.

philosophie philosophe            Pour poursuivre en ce sens voyons un peu les arguments de Platon. Il existe pour lui trois types d’hommes : les ambitieux, qui recherchent la gloire, les intéressés, qui recherchent le plaisir, et les philosophes, qui recherchent le savoir. Les deux premiers vivent selon lui un plaisir illusoire, fantomatique. Ils ne connaissent rien d’autre que leurs plaisirs éphémères et pensent en conséquence qu’ils vivent un plaisir réel. Le philosophe au contraire est celui qui juge en connaissance de cause puisqu’il a expérimenté les trois existences : Pendant son éducation il a connu l’ambition et les plaisirs matériels avant de se tourner vers la recherche de la connaissance. Il a alors reconnu que la plénitude ne se trouvait que dans « les nourritures intellectuelles », dans les Idées. (Je vous vois venir : « Les idées ce n’est pas le réel, donc c’est le philosophe qui rêve sa vie ! Et bim ! ». Mais non Platon est plus coriace que ça voyons !) En philosophie on distingue le monde réel du monde matériel. Le monde matériel c’est le monde des objets, incertain et changeant, que nous percevons par nos sens. Le monde réel est celui qui s’ancre le plus dans la réalité et qui est accessible à qui « voit » par la pensée. C’est selon Platon le monde des Idées. Cf Allégorie de la Caverne, La République, VII : En bas, dans l’obscurité de la caverne, les hommes prennent les ombres créées par la lumière du feu pour la réalité. En haut celui qui s’échappe découvre le soleil. Il est d’abord ébloui par cette lumière mais s’y accoutume et prend conscience d’une réalité « plus vraie » qu’est le monde des Idées. Le philosophe, cet homme sorti de l’obscurité, est donc le plus apte à juger de la meilleure existence.

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Pour ma part, je ne définis pas forcément le philosophe comme un penseur à perruque bouclée du siècle des Lumières s’étant enrichi par la traite négrière, mais plus simplement comme un être humain qui exerce sa propre pensée et son esprit critique pour questionner le monde. En ce sens je partage l’opinion de Platon : Le philosophe a une vie plus « consciente » et moins « rêvée » que le non-philosophe. Mais est-elle pour autant meilleure ? D’ailleurs que veut dire « bien » ou « meilleur » ? Si l’axe « meilleur -mauvais » se définit selon le niveau d’intellectualisation de la vie, la pleine conscience qu’on en a et la capacité à penser par soi-même alors oui je placerai le curseur du philosophe tout en haut. Mais je ne dirai pas pour autant que le non-philosophe est endormi, qu’il se leurre totalement parce qu’il vit dans un monde de sens. Un de mes professeurs de philosophie disait  « Je croirai que nos sens nous trompent lorsque je verrai les hommes se cogner dans des murs ». Ça m’a toujours fait sourire et je ne peux que partager sa pensée. Le monde matériel n’est pas un songe éveillé dans lequel nous sommes sans cesse bernés par ce que nous croyons être vrai.


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              Mais la meilleure vie n’est-elle pas simplement la vie la plus heureuse ? J’aime à me poser plus de questions que de raison, à tenter de philosopher sur tout, à remettre en question ma façon de vivre, mais suis-je plus heureuse qu’un autre ? Je ne pense pas en tout cas que ma vie vaille mieux pour cette raison-là. Envisageons un exemple marquant : prenons Socrate, philosophe éminemment respecté au travers des œuvres de son élève, et prenons un idiot. Croyez-vous que Socrate soit plus heureux que celui qui ne se soucie de rien, se laisse porter par la vie, jouit de ses plaisirs, se lamente parfois de ses peines mais ne cherche pas à leur trouver un sens ? Je ne suis pas convaincue que l’on mesure le bonheur à l'échelle de la connaissance acquise mais c’est une question ouverte !


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